Le coût de revient n’est pas le prix d’achat fournisseur

Pourquoi ton prix d’achat seul te fait vendre à perte

Dans ma pratique de consultant, je vois trop de dirigeants de TPE lancer un produit en dropshipping avec un simple calcul : « Je l’achète 12 €, je le vends 30 €, je fais 18 € de marge ». Puis ils découvrent trois mois plus tard que leur compte en banque est dans le rouge. Le problème ? Ils ont confondu prix d’achat et coût de revient.

Le prix d’achat, c’est ce que tu payes au fournisseur. Le coût de revient, c’est tout ce que ce produit te coûte réellement jusqu’au moment où il est livré chez ton client. En dropshipping, la différence est énorme. Un produit vendu 30 € HT avec un achat à 12 € peut avoir un coût de revient complet de 27,50 €. Ta marge nette tombe à 2,50 €, pas 18 €.

Ne vends plus rien avant d’avoir fait ce calcul complet. C’est la première chose que je fais corriger à mes clients.

La formule de base que j’utilise dans ma pratique

La formule est simple :

Coût de revient unitaire = (charges directes + charges indirectes) / nombre d’unités vendues

Les charges directes concernent un produit précis : achat, shipping, emballage. Les charges indirectes concernent toute ton entreprise : loyer, salaires, abonnements logiciels. Pour obtenir le coût de revient d’un produit, tu dois ventiler ces charges indirectes sur le nombre d’unités vendues. Beaucoup de dropshippers les ignorent. C’est une erreur qui fausse tout ton calcul du coût de revient.

Cette formule doit être le point de départ de ta réflexion sur tes prix. Sans elle, tu fixes un prix de vente au hasard, et tu risques de vendre à perte sans le savoir.

La méthode pas à pas pour calculer tes charges directes

Liste les charges directes : achat, shipping entrant, emballage, expédition

Prends un produit précis de ton catalogue. Note chaque dépense liée directement à sa vente :

  • Le prix d’achat payé au fournisseur
  • Le shipping entrant (frais de livraison du fournisseur vers ton client, ou vers toi si tu fais transiter)
  • L’emballage : boîte, papier bulle, ruban adhésif, étiquette
  • L’expédition client (souvent payée par toi dans l’offre « livraison offerte »)
  • Les frais de douane éventuels

En dropshipping, le shipping entrant est le poste le plus oublié. Un fournisseur chinois affiche un prix d’achat bas, mais le transport ajoute 3 à 6 € par unité. Si tu ne l’intègres pas, ton calcul du coût de revient est faux.

Intègre les frais de paiement et les commissions marketplace

Chaque vente en ligne coûte de l’argent. Stripe prélève environ 1,5 % + 0,25 € par transaction. PayPal, c’est souvent 2,9 % + 0,30 €. Si tu vends sur Amazon ou Etsy, prévois une commission de 8 à 15 %.

Ces montants semblent faibles, mais ils ont un impact direct sur ta marge. Sur un produit à 30 €, les frais de paiement représentent déjà 0,70 € à 1,20 €. Multiplie par 500 ventes par mois, et tu perds 500 € sans t’en rendre compte.

Mon conseil : ouvre un tableur et liste chaque charge directe unitaire. Tu auras une vision claire du coût direct total avant même d’ajouter tes charges indirectes.

Les charges indirectes : le vrai angle mort du dropshipper

Comment ventiler les charges indirectes entre plusieurs produits

Ton entreprise a des dépenses qui ne sont pas liées à un produit précis : abonnement Shopify, applications, assurance pro, loyer, salaires. Ce sont tes charges fixes. Pour les intégrer au coût de revient, tu dois les répartir sur le nombre d’unités vendues.

Prenons un exemple concret. Tes charges fixes mensuelles s’élèvent à 3 000 €. Tu vends 1 000 unités par mois. Chaque unité supporte 3 € de charges indirectes. Si tu vends 500 unités, chaque unité supporte 6 €. C’est pour cela que le volume change tout.

Les charges fixes ne doivent être intégrées que si elles sont rapportées au nombre d’unités vendues. Sans cette ventilation, tu ne peux pas fixer un prix de vente cohérent.

Le marketing et la publicité : le poste que 80 % de mes clients oublient

En dropshipping, la publicité est rarement optionnelle. Tu paies pour du trafic, des tests produits, des créatives. Ce coût d’acquisition doit être inclus dans ton coût de revient, produit par produit.

Voici la méthode que je recommande : calcule ton ROAS (Return On Ad Spend) sur les 30 derniers jours. Si tu dépenses 4,50 € de publicité pour générer une vente de ce produit, alors 4,50 € viennent s’ajouter à ton coût de revient. C’est non négociable.

Beaucoup de mes clients découvrent ainsi que leur produit « rentable » ne l’est plus du tout une fois la publicité intégrée. Le taux de marge s’effondre, et le seuil de rentabilité devient inatteignable.

Exemple chiffré : un produit à 12 €, vendu 39 €, qui ne rapporte que 2,50 €

Le tableau complet des dépenses unitaires

Voici un cas réel que j’ai reconstitué à partir de la comptabilité d’un client. Le produit est vendu 39 € TTC, soit 32,50 € HT. Le prix d’achat est de 12 €. Voici le détail :

Poste de dépense Montant
Prix d’achat fournisseur 12,00 €
Shipping entrant 3,00 €
Emballage 1,00 €
Expédition client 4,00 €
Frais de paiement (Stripe) 1,17 €
Commission marketplace 3,90 €
Publicité (ROAS) 4,50 €
Retours estimés (5 %) 1,80 €
SAV et chargebacks 0,50 €
Coût de revient total 31,87 €

Le produit est vendu 32,50 € HT. La marge nette est de 0,63 € par unité. Pas 18 €. Et encore, je n’ai pas inclus les charges indirectes comme les salaires ou l’abonnement Shopify. Dans ce cas précis, mon client vendait à perte une fois tout intégré.

Du coût de revient au prix de vente TTC : intégrer la TVA et la marge

Une fois ton coût de revient connu, tu peux fixer le prix de vente. La logique est simple :

Prix de vente HT = coût de revient + marge souhaitée. Puis tu ajoutes la TVA pour obtenir le prix TTC.

La TVA n’est pas un revenu pour toi. Tu la collectes pour l’État. Beaucoup de débutants croient qu’ils encaissent les 20 % de TVA. Faux. Ton chiffre d’affaires à retenir pour le calcul de la marge est toujours le montant HT.

Si ton coût de revient est de 31,87 € et que tu veux une marge de 20 %, le prix de vente HT doit être d’environ 39,84 €. Ajoute la TVA à 20 %, et tu arrives à 47,81 € TTC. Si tu vends 39 € TTC, tu perds de l’argent. Tous les calculs doivent partir du coût de revient, jamais l’inverse.

Le seuil de rentabilité : combien d’unités vendre pour couvrir tes charges fixes

Calculer le seuil de rentabilité en chiffre d’affaires et en nombre de produits

Le seuil de rentabilité est le volume de ventes à partir duquel ton entreprise couvre toutes ses charges. En dessous, tu perds de l’argent. Au-dessus, tu dégages du bénéfice.

La formule est : seuil de rentabilité = charges fixes / marge sur coût variable unitaire.

Reprenons l’exemple. Charges fixes mensuelles : 3 000 €. Prix de vente HT : 39,84 €. Coût de revient variable (sans charges fixes) : 28,87 €. Marge sur coût variable : 10,97 € par unité. Seuil de rentabilité : 3 000 / 10,97 = 274 unités par mois.

En dessous de 274 ventes mensuelles, ton activité est déficitaire. Ce calcul doit être fait pour chaque produit, ou au minimum par gamme de produits. Il te permet de savoir si un produit mérite de rester au catalogue.

Ajuster ton prix de vente ou tes charges quand le seuil est inatteignable

Si le seuil de rentabilité est trop haut, tu as plusieurs leviers. Augmenter le prix de vente, bien sûr, mais aussi réduire les charges directes : renégocier le prix d’achat, changer de transporteur, baisser le budget publicitaire, ou améliorer ton taux de conversion pour réduire ton ROAS.

Je conseille toujours à mes clients de tester plusieurs scénarios. Un produit à 45 € TTC avec un meilleur ROAS peut être plus rentable qu’un produit à 39 € qui demande beaucoup de publicité. L’impact sur le seuil de rentabilité est immédiat.

Ne te contente pas d’un seul prix fixe. Fais varier les hypothèses et regarde comment le seuil de rentabilité réagit.

Les erreurs de calcul que je corrige chez mes clients

Omettre les frais cachés : chargebacks, frais de change, SAV

Le dropshipping a ses spécificités. Les retours sont fréquents, surtout sur les vêtements et les chaussures. Les chargebacks PayPal ou Stripe arrivent sans prévenir. Les frais de change s’ajoutent quand tu achètes en dollars et que tu vends en euros.

Ces dépenses représentent souvent 5 à 15 % du coût total. Si tu ne les provisionnes pas, ton coût de revient est sous-estimé. Mon astuce : ajoute une ligne « imprévus » de 2 à 3 % sur chaque produit. Tu seras rarement surpris.

Je vois aussi des clients qui oublient le coût du SAV. Le temps passé à répondre aux emails, traiter les réclamations, gérer les litiges. Ce temps a une valeur. Intègre-le dans ton calcul, même forfaitairement.

Pourquoi tu dois recalculer ton coût de revient chaque mois et pendant les promotions

Le coût de revient n’est pas figé. Les tarifs des fournisseurs changent, les frais de shipping augmentent, les campagnes publicitaires voient leur performance fluctuer. Si tu fixes ton prix de vente une seule fois, tu te trompes.

Mon rythme recommandé : un calcul complet une fois par mois. Et un calcul spécifique à chaque période de promotion, surtout si tu offres une réduction ou un code promo. Une remise de 15 % peut transformer un produit rentable en produit à perte, sans que tu t’en rendes compte.

Pour aller vite, je fournis à mes clients une check-list de calcul en 10 minutes : prix d’achat, shipping, emballage, expédition, frais de paiement, commission, publicité, retours, SAV, charges fixes ventilées, marge souhaitée. On remplit les cases, on regarde le résultat, et on ajuste. C’est mécanique, mais ça sauve des marges. Cette régularité s’inscrit dans une logique de lean e-commerce.

Si tu ne fais qu’une seule chose cette semaine, calcule le coût de revient de tes trois meilleures ventes. Tu seras fixé rapidement.